Être enceinte en pleine pandémie

Depuis aussi loin que je puisse me souvenir, je n’ai toujours eu qu’un seul rêve: être maman. Quand j’ai vu les deux petites lignes sur le test de grossesse le 19 octobre 2020, je me trouvais tellement chanceuse. On avait commencé à essayer seulement ce mois-ci et, voilà, j’étais déjà enceinte.

Des petits revirements de situation nous ont appris que notre petit garçon allait naître avec une petite malformation cardiaque, mais rien de grave. J’étais inquiète, mais la cardiologue nous a rassuré; tout allait bien aller.

Début mars, on fête notre shower de bébé, “un shower mixte en plus!” qu’ils disaient. On a commencé à entendre parler du virus de façon plus sérieuse, mais rien à voir avec ce qui allait suivre. Je demande même conseil aux gens de mon entourage. Vous voyez, j’avais prévu de partir en Floride avec ma petite soeur 4 jours plus tard. Tout le monde se montrait encourageant, pas trop inquiet.

Donc le 12 mars, nous partons vers Tampa Bay. On se promet de faire attention, de se laver les mains, de désinfecter nos téléphones et d’éviter les endroits trop peuplés. À notre départ, seulement 7 cas sont répertoriés au Québec. Durant tout notre voyage, les gens de notre entourage s’inquiètent et nous demandent de faire une quarantaine à notre retour, ils nous envoient les nouvelles les plus récentes sur comment le tout se passe à la maison. À notre retour, il y avait 94 cas!

Depuis, j’ai vécu la quarantaine de 14 jours obligatoires avec mon copain, le confinement a suivi et la distanciation physique également. Mes rendez-vous chez mon médecin de suivi obstétrique ont été distancés, mes cours prénataux annulés, ma visite chez ma soeur (la marraine du petit) au Lac Saint-Jean aussi.

Ne pas voir son médecin quand on vient de t’apprendre que ton bébé a une malformation, c’est stressant. Quand un beau matin tu te lèves, que tu saignes abondamment et que l’hôpital t’empêche d’être accompagné pour te faire examiner, c’est pire. Avec des moniteurs sur le ventre, en belle jaquette d’hôpital, on me dit “Ça va bien aller”. Une phrase que je comprends, mais qui commençait sérieusement à m’enrager.

Je sais bien que l’important, c’est que tout le monde reste en santé. Je sais aussi que ça ferait de moi une princesse capricieuse que de vouloir sortir montrer ma belle bedaine sur les terrasses alors que le printemps commence. Je sais aussi que la distanciation physique est nécessaire si on veut vaincre ce satané virus.

MAIS… J’avais droit à une grossesse comme je me l’étais imaginé. J’ai le droit de ne pas vouloir stresser d’attraper le virus et de devoir accoucher seule dans un hôpital désigné aux cas de la covid-19. J’ai le droit d’être triste de ne pas pouvoir partager ces beaux moments avec mes proches. J’ai aussi le droit d’être frustrée à l’idée que ma mère ne pourra pas me tenir la main pendant ce moment intense et qu’elle ne sera pas juste à mes côtés pour répondre à mes centaines de questions.

Courage à toutes les futures mamans d’un bébé pandémie. Nous sommes fortes, nous sommes ensemble, nous allons vivre ce moment comme nous le pouvons, avec chacune nos ressources et nos trucs. Nous ne vivrons pas nos grossesses, nos accouchements ni nos premiers moments de parents comme les autres. Les premières rencontres se feront par Facetime ou au travers de la porte patio, nos premières sorties seront dans la cour arrière ou sur le balcon.

Ma date prévue est le 12 juin 2020. Je serai maman d’un bébé pandémie. Je suis forte, et je ferai tout pour que mon petit ne naisse pas entouré de peur, de stress et de frustration.

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