L’intervention à Distance: Mon opinion

Ce n’est pas une surprise pour personne si je dis qu’il y a des débats qui ne finissent plus sur le télétravail en éducation. D’un côté, on dénonce l’impact que ça peut avoir sur les élèves à troubles d’apprentissage, on se sent dévalorisé parce qu’on confie notre emploi à des parents non qualifiés et on soulève la pression que ça nous met sur les épaules. De l’autre côté, on retrouve des tonnes de plateformes d’enseignant(e)s qui enseigne en ligne, qui Facetime avec leurs élèves, qui proposent des solutions pour les parents et des profs qui s’ennuient de leurs élèves. Mais qui a raison? Si je vous disais que, comme d’habitude, les professionnels de l’éducation font des merveilles dans des conditions plus que difficiles, mais le font pour les bonnes raisons? Si j’ajoute que notre sens de la vocation peut parfois nous mettre dans des situations où nos élèves passent avant notre santé mentale… Ça te parle?

Ma réalité

Je ne suis pas enseignante, je suis éducatrice spécialisée et intervenante en toxicomanie dans une école secondaire dans laquelle on ne compte que 26 élèves. Mon cas est donc bien particulier, je m’en rend compte. Ces 26 élèves, je les voyais tous les jours. Tous les matins, dans ma classe, ces jeunes de 12 à 18 ans venaient faire leur tour pour me parler de leur soirée, de leur vie et des plus récents hits sur Netflix. Maintenant, chaque matin, je fais face à un ordinateur, à un téléphone et à la chaîne de nouvelles. Méchant changement. Pas beosin de vous dire que je m’ennuie de ces matins où tout ce beau monde dans ma classe parlait beaucoup trop fort et trop vite!

Mes inquiétudes

Quand je pense à certains de mes élèves, je m’inquiète. L’adolescence est une étape difficile à traverser, certains développent de l’anxiété, des sentiments dépressifs, des habitudes de consommation… Ajoutez à ça une pandémie et un confinement… À notre école, nous avons pris la décision de téléphoner à chaque élève une fois par semaine pour s’assurer de leur bien-être émotionnel et social. Je ne vous dis pas le nombre d’élèves qui n’attendent que notre appel pour tout nous raconter!

Je m’inquiète aussi pour mes élèves à troubles d’apprentissage. Est-ce qu’ils ont assez de support pour réaliser les travaux qu’on leur envoie? Est-ce qu’ils se sentent complètement frustrés devant ces tâches? Évidemment, suit ensuite le: “Qu’est-ce que je peux faire de plus pour les aider”?

Le problème

C’est à cette question qu’on place notre rôle d’éducateur au-dessus de notre santé mentale, selon moi. Le petit extra de plus, c’est une chose. Depuis le confinement, j’ai par contre l’impression de ne faire que cela. Aller à l’extérieur de ma tâche, aller à l’extérieur de mon rôle pour m’assurer que mes jeunes sont “corrects”.

Donc je m’occupe de les appeler chaque semaine, de garder des notes sur chacune de ces conversations téléphoniques, de leur envoyer des messages d’encouragement, de laisser mon cellulaire allumé 24 heures par jour pour qu’ils puissent me rejoindre en cas d’urgence, de me filmer pour expliquer la plate-forme Google, de les voir par Facetime parce qu’ils s’ennuient de parler avec nous, etc. J’adore mes élèves et je crois profondément que chacun des gestes nommés ci-haut est nécessaire. Mais, vous au public, vous faites comment???

Les avantages

L’intervention à distance m’a permis de rejoindre certains jeunes qui n’arrivaient pas à s’ouvrir à moi auparavant. En utilisant les messages textes, ils réussissent à me dire ce qui ne va pas. Avec les Facetime, Google Meet et autres, j’arrive à voir de mes propres yeux comment ils vont. Ça m’a aussi permis de créé des liens avec certains parents. Pour rejoindre les jeunes qui n’ont pas de cellulaire, je dois appeler à la maison et j’ai commencé à leur demander comment ils vont avant qu’ils ne donnent la ligne à leur jeune. Wow! De beaux liens créés, une meilleure compréhension de certaines dynamiques familiales et une intervention systémique qui n’aurait pas été possible dans le contexte pré-covid.

Mon conseil

L’intervention à distance, c’est devoir mettre ses limites. Par exemple, je ne réponds pas aux messages qui entrent après 17h avant le lendemain matin, je ne travaille pas la fin de semaine, je ne m’acharne pas si certains élèves ne me répondent pas, etc. Quand on a la vocation, c’est difficile de metre ses limites et de se respecter, mais c’est la seule façon de protéger notre santé mentale.

C’est une crise qui restera gravée dans notre mémoire, certains parlent même de choc traumatique. Nous avons le droit de vivre cette crise, de prendre soin de soi, de s’écouter. En éducation, nous sommes notre propre outil de travail, il faut donc prendre soin de notre monde affectif pendant cette pandémie.

À tout mes camarades de l’éducation: Prendre soin de sa santé mentale ne veut pas dire que vous laisser tomber vos élèves! Prenez un bain, aller marcher, éteignez les notifications sur votre téléphone, PRENEZ UN BREAK!

Vous pouvez aussi participer au Bingo suivant si vous avez besoin d’inspiration 😉

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