Le droit d’avoir une famille heureuse

Je m’installe devant mon ordinateur en cet après-midi pluvieux pour écrire un blogue qui me brule le coeur depuis trop longtemps. J’ai besoin de vous l’écrire, ma tisane à la main, pour enlever cette pression qui m’empêche de respirer lorsque j’y pense un peu trop fort. J’ai la chienne. J’ai la chienne de donner en héritage à mon enfant la même douleur qui m’a été léguée par mes parents, léguée à eux par leurs parents et ainsi de suite.

On part tous avec l’idée de faire mieux que la génération précédente. Sauf que je vise plus que le “mieux”, je veux une famille heureuse, une famille qui se tient, qui se respecte. Sauf que, dès mon enfance, on m’a appris que ce n’était que pure fantaisie.

Ce n’est pas leur faute, vous me direz, ils ont vécu la misère et ils ont fait de leur mieux pour être mieux que leurs géniteurs. C’est vrai. Ma mère avait un père insensible et une mère qui ne la faisait pas sentir à sa place. Mon père a vécu les tourments d’un père alcoolique et d’une mère sans empathie. Sauf que, la petite enfant en moi ne comprenait pas tout cela. Elle se sentait probablement autant inconsidérée, pas à la hauteur, abandonnée, que l’avait été ses parents.

Plus vieille, mes parents ont réalisé qu’ils pouvaient donner plus, faire mieux. Pour moi, l’effort qu’ils y ont mis était assez pour leur pardonner toutes ces années et leur donner une deuxième chance d’être les parents que je croyais mériter. Cela m’aura pris ma grossesse actuelle pour réaliser que ma détresse et ma colère, j’avais le droit de la vivre et de l’exprimer. Que notre relation actuelle n’éffaçait pas le mal qu’ils m’avaient causé.

Avec cet être humain fragile qui grandit à l’intérieur de moi, mon instinct de maman ours a pris le dessus. Je ne savais pas si je voulais que mes parents gardent le petit, si je leur faisais confiance pour accomplir une tâche si importante. J’ai eu à réaliser que la confiance allait devoir être bâtie avant de laisser mon trésor le plus précieux avec les gens qui m’ont tant blessé étant toute petite. Ce fameux moment où je l’ai dit à ma mère m’a brisé le coeur. Par contre, c’est à ce moment que j’ai compris toute l’importance de mon nouveau rôle de maman.

Quand on réalise que notre propre famille nous a hypothéqué une partie de notre vie, de notre santé mentale, comment peut-on espérer bâtir une famille heureuse par la suite?

Quand notre chemin a été parsemé d’embûches, d’injustices, de trauma, de peurs… Comment sommes-nous censés faire confiance à la vie de nous donner enfin la chance d’être heureux?

Cet après-midi, je termine ce texte en disant que j’ai enfin compris comment faire. J’ai trouvé la recette magique; il n’y a pas plus grand amour que de vouloir protéger les gens qu’on aime d’une souffrance égale à celle que l’on a vécu. Cette souffrance, je l’ai vaincue. Elle a fait de moi une personne forte, aimante, sensible aux autres et elle fera de moi une mère empathique, généreuse, à l’écoute, valorisante et heureuse.

C’est en étant heureuse d’avoir une famille que j’aurai une famille heureuse. C’est aussi simple que cela. Mon garçon aura besoin d’une maman qui rit, qui s’occupe de lui et qui l’écoute avec tout son coeur. Pas plus, et surtout, pas moins.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: